AP2190-Brochard-René

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Titre : Laos, Xien Khouang, 1928 – La Plaine des Jarres

Notice : Notule : La plaine des Jarres Le plateau du Tran Ninh était célèbre depuis longtemps pour ses importants champs de jarres et de pierres dressées mais celles-ci n’avaient fait l’objet d’aucune étude scientifique sérieuse. On en ignorait tout, origine, ancienneté, destination, etc. M. Coedès, directeur de l’EFEO, a donc envoyé Mlle Colani, spécialiste de la préhistoire de l’Indochine, en mission dans la contrée (1931 et premier semestre 1932), lui demandant d’étudier le mystère qui enveloppait ces urnes en pierre. Mlle Colani a communiqué le résultat de ses recherches à l’occasion du Premier congrès des préhistoriens d’Extrême-Orient qui s’est tenu à Hanoi en 1932. C’est de ce rapport, publié en 1932, dans le « Praehistorica Asiae Orientalis » que nous extrayons les détails suivants. « Le plateau du Tran Ninh, qui s’étend entre Louang Prabang et Xien Khouang (voir AP2163) est une des régions les plus agréables et les plus pittoresques de l’Indochine. Elle jouit d’un bon climat frais. Elle est parsemée de groupes de jarres énigmatiques. Ces monolithes sont plantés en terre (leur base est à quelques décimètres de la surface du sol), assez peu éloignés et même très rapprochés les uns des autres. Plus ou moins cylindriques ou tronconiques, ils peuvent affecter également la forme de tonneaux. Leur hauteur varie de 1 à 3 mètres. A côté d’eux, à terre, gît parfois un couvercle, lui aussi monolithique ». Mlle Colani a étudié, relevé et fouillé tous les groupes de jarres et pierres funéraires alors connus. « Le groupe de Ban Ang est le plus important numériquement ; au centre se trouve une grotte dans laquelle d’innombrables crémations ont été pratiquées, peut-être dès le néolithique. Après l’incinération, les restes osseux et quelques dents fragmentées et calcinés étaient déposés dans les jarres. On en retrouve encore au fond de plusieurs d’entre elles, au milieu d’une boue noire très charbonneuse. Ces découvertes ne laissent aucun doute sur l’attribution funéraire des jarres. Celles-ci sont au nombre de 250 environ, très différentes par leurs formes et par leurs dimensions : les une atteignent 3 m 25 de hauteur sur 3 m de diamètre, les autres ne dépassent pas 1 m 10 sur 1 m 20. Les couvercles, épars çà et là, sont d’énormes plaques rondes (diamètre allant jusqu’à 1 m 50 et davantage) unies ou décorées de disques concentriques. Des fouilles infructueuses ont été effectuées sous les jarres, leur poids (l’une d’elles pèse 15 tonnes) est trop considérable, les objets placés dessous auraient été broyés. Des trous ont été creusés avec méthode au pied des monolithes. Des objets variés ont été extraits, pieuses offrandes sans doute aux mânes des disparus. Ce sont principalement des débris de céramique, des perles de verre et de cornaline, des pendeloques en bronze et un couteau à tenon d’emmanchement en fer. A 10 kilomètres environ au S.O. de Ban Ang, sur le champ d’aviation de Lat Sen, se trouve un groupe de 82 jarres. Plus au sud, à 16 kilomètres, à Ban Soua, un autre groupe de 155 jarres. A 46 kilomètres au N.N.E. de Xien Khouang, sur la RC n°7, dans la région de Ban Ban, plusieurs groupes de jarres, de médiocres dimensions, n’atteignant guère 1 m 70 de hauteur. Aux alentours de Muong Soui (voir AP2185), à 65 kilomètres à l’O.N.O. de Xien Khouang, plusieurs groupes mixtes, (à Ban Xot, Ban Si, et Ban Na Seo), jarres et pierres sépulcrales et des champs de pierres funéraires se dressent dans la région. Ces pierres sont soit en un grès vert, assez dur, soit en cette mollasse blanchâtre, tendre, facile à travailler qui constitue aussi la plupart des urnes monolithiques. Ces pierres ont été ou taillées, souvent de façon sommaire, ou employées telles quelles par l’homme. Il a placé en-dessous un mobilier analogue à celui qui entoure les jarres. Les trois nécropoles situées près de Ban Xot ont fourni le mobilier le plus riche du Tran Ninh : tessons céramiques ornés, plus de 200 perles en verre, grelots en bronze, 5 bracelets en fer, etc. A Ban Si, des jarres couchées, longues et étroites, certaines d’entre elles fortement étayées par dessous par des pierres. On voit apparaître un type de jarre horizontale à deux cavités très réduites. A Ban Nao Sen, une grande pierre à peu près plate, mesurant 2 m 20 de longueur et 75 centimètres d’épaisseur creusée par l’homme de deux petites cupules, auprès de laquelle se dressait une autre pierre posée de champ protégeant un vase cylindrique en terre de 75 centimètres de haut. D’autres vases d’argile étaient enterrés à proximité. C’est dans ces vases, et non dans les urnes, qu’étaient placés les tessons de céramique, les fragments métalliques et les débris d’os et de dents ». En bordure de la RC n°7 (km. 473,200), Mlle Colani reconnaissait la statue monolithique d’un félin, couché sur un bloc de pierre, décapitée par accident sans doute. « Le corps de l’animal est long de 63 centimètres, la queue en mesure 37, l’exécution en est fort naïve, le nombril étant creusé dans le dos. Un peu plus loin (au km 473,700), un champ funéraire avait été entièrement bouleversé par la construction d’une sala par les Travaux Publics. Mais dans un vase en terre cuite a été trouvé une statuette d’homme en bronze, haute de près de 9 centimètres, de facture primitive ». Tous les matériaux utilisés dans la confection des jarres et des pierres funéraires (mollasse calcaire, grès vert) ainsi que l’argile pour les poteries et le minerai de fer pour les outils rudimentaires abondent sur le plateau du Tran Ninh. Tous ces objets ont donc été confectionnés sur place. Par contre les objets en bronze, grelots, colliers, les perles de verre et surtout l’étonnante petite statuette d’homme ont sans doute été importés. Le plateau du Tran Ninh devait constituer une importante voie de passage, dès les temps les plus reculés, entre le littoral et la vallée du Mékong. La RC n°7 (route de la reine Astrid) a emprunté la même voie. Les légendes locales parlent d’une vaste cité Kha, belle et opulente, qui aurait existé près de Ban Ang sur laquelle régnait un prince puissant. Les jarres auraient, selon ces légendes, contenu des réserves de grain, d’alcool ou même d’eau, provisions placées sur le chemin des nombreuses caravanes. Cette contrée, à présent quasi déserte, était jadis peuplée. A Ban Si se voient les vestiges d’une grande pagode. Au XVIe siècle, Xien Khouang était une grande et belle cité, capitale du royaume Phou Eun ; la population en était nombreuse. De nos jours, elle est une ville morte, les 62 pagodes et les « thats étincelants » ont été presque tous détruits. Le pays a subi de multiples invasions. Celles du XIXe siècle furent d’une cruauté extrême. Les Ho, pirates venus du Yunnan y firent deux incursions. Les Siamois, venus pour chasser ces « pavillons rouges » emmenèrent prisonniers une grande partie de la population. Voilà pourquoi le Tran Ninh actuel est peu peuplé et ses monuments de lamentables ruines. Si la contrée a connu la prospérité aux temps voisins du nôtre, il a pu en être de même aux époques préhistoriques ». Mademoiselle Madeleine Colani, docteur es-sciences, était la grande spécialiste de la préhistoire de l’Indochine. Elle a visité, étudié et fouillé pratiquement tous les sites préhistoriques du Tonkin (Bac Son, Hoa Binh) du nord Annam (Thanh Hoa, Quang Binh) et du nord Laos. C’est d’ailleurs elle qui a donné les noms de « hoabinhien » et de « bacsonien » aux faciès des cultures pré-néolithiques indochinoises. Elle a publié de nombreux articles dans le Bulletin de l’EFEO et dans celui de l’AAVH. Le numéro unique du BAVH de l’année 1940 a été réservé à son étude de 247 pages et 207 planches sur « l’emploi de la pierre en des temps reculés – Annam, Indonésie , Assam ». Sur les invasions des Ho, voir Histoire succinte du Laos en AP2009. Sur la province de Tran Ninh, voir AP2163. Sur l’album de René Brochard, voir AP2162. Sur Xieng Khouang, voir AP2174.

Mots Clefs : Laos Tran Ninh Xieng Khouang 1928-1929 Cimetière