AP0219-Sallet

AP0219-Sallet

Titre : Hué, vers 1910 – Poème inédit du père de Ho Chi Minh adressé à Albert Sallet

Notice : Notule : Poème adressé à Albert Sallet par Nguyen Sanh Hui, père de Ho Chi Minh Ce poème, signé Nguyen Sanh Hui, a été retrouvé dans les achives d’Albert Sallet. Il lui est probablement adressé. En voici une traduction proposée par Hélène Péras (Lettre à J. Cousso datée du 26 janvier 2003) : « Très respectueusement à Son Excellence, Hospitalisé depuis quelques temps, ayant pu guérir par la grâce d’en haut et étant maintenant en bonne santé, j’ai, à la demande instante d’un jeune soldat, écrit un poème en langue vulgaire, inspiré par ce qui se fait dans cet hôpital. Je me permets de le présenter à Son Excellence pour qu’Elle se divertisse à le lire. Le poème dit : Cette maison qui sait, unit le monde entier. Maison tout comme un chant de louange à l’unisson. Le Maître prend grand soin des faibles et des malades Les jeunes et les vieux, du Résident ont la visite. Sur les dalles du sol un vent paisible passe La lune étincelante aux vitres se reflète. Rendons grâce à l’Etat, qu’il nous protège encore Et que le coeur du Roi soit prompt à pardonner. Signé : Le Docteur en second : Nguyen Sanh Huy, En toute déférence Notes de la traductrice : 1/ Si la traduction mot à mot de « Quan Lon » est bien Mandarin Grand, elle a le sens de « Excellence » et est employée aussi comme pluriel de majesté par les mandarins se désignant eux-mêmes. 2/ « Bon Bien » ou « Bon Be » littéralement.: « les quatre mers », signifie le monde entier. « Bon Be Mot Nha » :  » le monde entier ne forme qu’une seule famille  » est une locution toute faite. 3/ Quan Thay : le Maître. Il peut sans doute s’agir du Médecin Chef. Mais il ne semble pas justifié de garder la traduction « mandarin médecin ». Thay est un terme de respect polyvalent. C’est le mot composé « Thay Thuoc » qui signifie médecin. Par contre, « Quan Thay » est le maître, éventuellement le protecteur, celui qui a des serviteurs et les fait travailler pour lui. 4/  » les dalles  » : Gach. Il s agit bien de briques. Les dalles sont une petite licence poétique. 5/ « Qu’il nous protège encore » : « Con Trong Nua » peut aussi vouloir dire  » espérer encore « . 6/ Il s’agit là d’un  » poème de circonstance  » en heptamètres réguliers à rime unique (avec une tolérance au 7ème vers : un ton égal rimant avec un ton rentrant). La déférence de l’adresse au destinataire de la lettre, le caractère un peu convenu de l’exercice prosodique, incitent à choisir une rythmique classique pour la traduction française. Il se pourrait bien que l’auteur tente de faire entendre un double sens à ce « chant de louange » et veuille inciter son lecteur à une sympathie amusée, peut-être dans l’espoir d’être entendu avec indulgence en plus haut lieu (le souverain ? l’autorité française ?). Lettre du Pho Bang Nguyên Sanh Huy. Le titre de Pho Bang (deuxième tableau) était attribué aux candidats qui, ayant fait d’assez bonnes compositions au examens de doctorat de la capitale, n’avaient cependant pu prendre rang parmi les lauréats et ne figuraient donc que sur la deuxième tablette. Nguyen Sanh Huy était le père de Hô Chi Minh. Cette lettre est adressée à une excellence (Bâm Quan Lon) non précisée qui pourrait être le résident français de la province où il se trouvait alors. Nguyên Sanh Huy envoie un poème en vietnamien décrivant, de façon très littéraire et très allusive, la vie dans l’hôpital où il était soigné. Après sa destitution en 1911, le père de Hô Chi Minh se réfugia en Cochinchine où il mourut en 1929. (Note du Comité de Rédaction)

Mots Clefs : Document Hué Vers 1910 Poème – Littérature Ho Chi Minh