AP2133-Sallet

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Titre : Annam, Phan Thiet, 1922 – Les Cham, amis du médecin major

Notice : Notule : Histoire du Champa Ce que l’on appelle les Cham (prononcer tiame) (On conserve généralement l’invariabilité de ce mot, alors qu’on accorde khmer en genre et en nombre) correspond à un ensemble de populations qui se sont installées dans les plaines côtières situées en bordure orientale de la cordillère annamitique, entre la Porte d’Annam (Deo Ngang) au nord et le Cap Saint-Jacques (Vung Tau) au sud. Ces populations dites « malayo-indonésiennes » sont venues de Java avant l’ère chrétienne. C’étaient d’excellents marins, d’où leur facile dissémination le long de cette côte. Elles constituèrent des clans trouvant leur place entre, au nord, les commanderies chinoises qui gouvernaient plus ou moins directement jusqu’au Thanh Hoa et au Nghe An, et au sud, les principautés du Fou Nan puis du Tchen La d’où est issu le royaume khmer. De ce fait les Cham subirent les influences de la civilisation chinoise au nord et de l’indienne au sud. Celle-ci fut prépondérante dès le IIIe siècle (voir AP3679) en matières relIgieuse et artistique (sanskrit, shivaïsme, culte du linga). Le cloisonnement naturel du terrain ne permit pas la constitution d’un Etat centralisé doté de ce fait d’une certaine puissance. Cependant suffisamment de princes énergiques assurèrent une sorte de continuité dans ce qu’on appelle le royaume du Champa. Seuls les spécialistes s’intéresseront à la succession des dynasties et des rois, le tout se déroulant sur un fond d’assassinats et d’exterminations de princes héritiers ou concurrents. On peut cependant essayer de prendre quelques points de repère et citer quelques noms, en négligeant bien des nuances et des épisodes. Ce n’est qu’en 192 qu’un chef de clan instaura la principauté d’Amaravati au Quang Nam (les repères sont donnés d’après leur nom vietnamien), détachée de la zone de souveraineté chinoise appelée le Je Nam. Les Chinois désignèrent cette principauté sous le nom de Lin Yi (nom changé en Houang Wang en 758). En vietnamien Lam Ap. Le nom de Champa apparaît pour la première fois dans une inscription sanscrite du VIIe siècle au Cambodge. C’est un nom d’origine indienne qui veut dire « Fleur de frangipanier », en vietnamien : Chiêm Thanh. Vers 400 le roi Bhadravarman installa sa capitale à Simhapura (Tra Kieu, à 15km au sud-ouest de Hoi An) et construisit un temple pour sa symbolisation, appelé Bhadreshvara sur un site situé à 12km environ à l’ouest de sa capitale et dénommé Mi Son. Dans ce sanctuaire dédié à Shiva le roi érigea un kalan, édifice spécifique aux Cham : tour en brique, abritant un linga, symbole du pouvoir du roi. Plus tard de nombreux rois firent construire un kalan sur ce site. Le plus ancien encore debout date de 653 (Tour E1). L’histoire du Champa a été une succession de raids de pillage menés par mer sur les établissements chinois (puis vietnamiens) du nord, suivis d’expéditions de représailles de leur part. Mais les rois cham ont constamment envoyé des ambassades en Chine, reconnaissant ainsi plus ou moins sa suzeraineté. Les cadeaux étaient plus riches lorsqu’ils avaient à se faire pardonner un raid guerrier. En 757 la capitale a été installée dans les provinces méridionales, à Panduranga (Phan Rang) ou à Kauthara (Nha Trang). En 800, développement du bouddhisme du Mahâyâna, avec culte d’Avalokiteshvara plutôt que du Bouddha. En 854 une nouvelle dynastie règne, avec capitale à Indrapura (Dong Duong, à 16 km environ à l’est de Tra Kiêu). Destruction de cette capitale en 982 lors de la première incursion vietnamienne, par le roi du Dai Cô Viêt (Le Dai Hanh), Etat qui venait de devenir indépendant de la Chine. En 1000, suite aux incursions vietnamiennes, la capitale est à Vijaya (Cha Ban, près de Binh Dinh). Mais les attaques vietnamiennes continuent et sont très meurtrières en 1044 et surtout en 1069 où le roi Ly Thanh Ton incendie Vijaya. Cependant une autre puissance menaçait sérieusement le Champa : le royaume khmer. Un premier raid, par Yaçovarman, date de 854. Si en 1075 les Cham réussissent à remonter le Mékong et à saccager Angkor, la riposte de Sûryavarman II a permis aux Khmers d’occuper le Champa de 1145 à 1149. Même scénario plus tard : raid cham sur Angkor en 1177 ; en représailles Jayavarman VII occupe la Champa de 1190 à 1220. Les bas-reliefs du Bayon (AP1686) et de Banteay Chmar narrent ces combats. Mais cette guerre de plus de cent ans, fratricide car entre deux Etats hindouisés, les a affaiblis l’un et l’autre pendant que leurs adversaires mortels, les Thai et les Vietnamiens, forgeaient tranquillement leurs armes. Les Thai prirent Angkor en 1353 et le détruisirent complètement en 1431 ; les souverains khmers se replièrent sur Phnom Penh. Au XIVe siècle les Cham subissent une islamisation. Les Vietnamiens, reprenant leur marche vers le sud (Nam Tien), commencée à partir du Tonkin vers la fin du Xe siècle, vont au-delà de la Porte d’Annam qui était depuis des siècles la frontière entre les deux Etats. En 1306 la frontière est reportée au Col des Nuages. En 1313 ils conquièrent le Quang Nam. Un répit de 1360 à 1390 est dû au roi Chê Bông Nga. Mais dès 1402 les Vietnamiens prennent le Quang Ngaï ; en 1447 le Binh Dinh ; en 1471 le Phu Yên est conquis par le roi Le Thanh Ton. La frontière est au cap Varella. Mais les Vietnamiens placent ce qui reste au sud sous leur protectorat. Il y a un répit dans leurs annexions parce que la Chine reconnaît les rois cham. Mais la marche vers le sud reprend 1578, le nord du Khanh Hoa ; 1650, le sud du Khanh Hoa et le Ninh Thuan ; 1692, le Binh Thuan. En 1720 le dernier roi cham s’enfuit au Cambodge tandis que quelques dizaines de milliers de survivants cham, très islamisés, se réfugient dans l’arrière-pays de Phan Rang et dans les provinces du nord-est du Cambodge. En 1822 tous les territoires cham font définitivement partie intégrante de l’empire d’Annam. Au début du XXe siècle la dernière descendante des rois cham meurt. Aux points de vue artistique et religieux les Cham n’ont pas évolué comme les Khmers, quoique tous deux aient subi la même influence indienne initiale : le brahmanisme. Chez les Khmers le culte prédominant fut celui de Vishnou. Leurs rois bâtirent des temples-montagne symbolisant l’axe du monde source de leur pouvoir et construisirent des villes imposantes, avec la participation de tout le peuple. Chez les Cham le culte fut principalement celui de Shiva-Umâ. Le pouvoir du roi est symbolisé par un linga, monté sur un piédestal, abrité dans un kalan. C’est une tour carrée de dimensions relativement modestes (25m de côté en général), construite en briques posées en encorbellement, ne dégageant ainsi qu’une salle restreinte ; surmontée d’une toiture de faible hauteur (une vingtaine de mètres), en retraits successifs finement sculptés. S’il y a plusieurs kalan sur un même site, comme à Mi Son (classés de A à H), ils sont juxtaposés sans plan d’ensemble. De toute façon le peuple n’y participe pas. Les tours cham furent assez nombreuses. Les dernières datant du XVIIe siècle n’étaient plus d’ailleurs qu’un amas de briques, sans toit élancé ni décoration. Citons parmi les plus connues en dehors de Mi Son et Dông Duong : Bang An, Khuong My, les Tours du Binh Dinh, Po Nagar de Nha Trang, Hoa Lai et Po Klaung Garai. (Comité de Rédaction) Sur la liste des sites cham, voir AP1957. Sur Albert Sallet et l’identité cham, voir AP0391, AP0392 et AP0470. Sur les rapports du Dr Sallet avec les Cham, voir AP4995.

Mots Clefs : Annam Binh Thuan Phan Thiet 1922 – 1923 Champa