AP0191-Sallet

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Titre : Annam, Quang Nam, Dong Duong, 1930 – Pilier du vihara de la troisième enceinte

Notice : Pilier sud-ouest du bâtiment. Sur le temple cham de Dong Duong, voir AP0011. Notule : Fouilles archéologiques dans les sites cham  » Dong Duong représenta un dur travail : les journées étaient pour nous de onze heures, chantier de 6 heures du matin à 10 heures et demie et de midi à 6 heures et demie. Ce qui, avec le demi paiement journalier des coolies, les pansements et les soins médicaux essentiels, la rédaction rapide du journal de fouilles, nous menait toujours jusqu’à plus de 7 heures du soir. Ces heures semblent étranges : elles étaient nécessitées par les coutumes des Annamites, qui déjeunent tôt et dont il eût été cruel de reculer le repas jusqu’à 11 heures. Nous leur donnions deux heures pour manger et faire la sieste. Ce n’était d’ailleurs pas trop pour nous nettoyer extérieurement et intérieurement, Carpeaux et moi, nous alimenter et nous reposer un peu. Cette division spéciale était amenée aussi par le fait que les heures de travail les plus pénibles étaient – contre ce qu’on aurait pu attendre – celles du matin, surtout de 8 à 10. Le soleil tapait ferme dès 8 heures et ce n’était que quand il avait assez chauffé le sol que le courant d’air s’établissait de la plaine au bois : rarement avant midi ; de telle sorte que ce paradoxe était réel, qu’il faisait beaucoup plus chaud à 8 heures du matin qu’à une heure de l’après-midi ! Ce travail, qui ne durera pas douze semaines, du 7 septembre au 27 novembre 1902, comporte un effort de 10.107 journées de coolies à 0$20 l’une. Dépense d’un peu plus de 2000 piastres pour un déplacement de plus de 3000 mètres cubes de déblai, le travail par jour étant d’environ 40 mètres cubes. L’étude de l’art cham a exigé quatre campagnes principales : – fouilles de Dong-Duong en 1901 ; – fouilles de Mi Son, qui n’ont pas demandé moins de onze mois, 1902-1903 ; – fouilles rapides et moins intéressantes de Chan Lo à leur suite ; – dégagement en 1936 de Po Nagar de Nha Trang et mise en train de sa consolidation, que je n’ai pu achever, arrêté par l’emprise de l’art khmer. Les fouilles de Dong Duong ont fait le bonheur des Annamites de la région, le Quang Nam, parce qu’elles s’effectuèrent une année de disette ; elles nous demandèrent un effort désespéré en raison du peu de temps que nous laissait l’approche du Congrès des Orientalistes à Hanoï, où nous étions de service, nous amenant ainsi à multiplier le nombre des coolies employés. Nous en eûmes sans peine, par suite de la famine, près de deux cents ; il est vrai que les payions vingt cents au lieu de dix, tarif officiel à l’époque. Mais quel coup de chien il nous fallut donner ! En quatre mois nous n’avons peut-être pas pris quatre jours de repos, le plus souvent encore imposés et gâtés par le typhon que nous subîmes en ce point ou par des pluies diluviennes. Malgré ce système, dans les premiers jours un estampage est gâté par un inconnu : je coupe une demi-journée au représentant du chef de canton et au notable de Dong Duong. Le lendemain, ils pincent un coolie qui recommençait, et je le fais punir énergiquement : le fait ne s’est plus reproduit. Depuis, l’envahissement constant du chantier par le petit marché de thé et de cuisine qui vient alimenter cette armée de travailleur bien payés, je dois renverser et briser la jarre d’une femme, prise à donner à boire dans la chaîne des porteurs de décombres. Un coolie qui dort dans un coin, deux autres qui travaillent peu ou mal sont, du premier jour, renvoyés. Il en est de même pour trois autres pris à appliquer le truc ingénieux de remonter les briques du grand tas de la décharge de bas en haut et le notable responsable subit le même sort. En revanche, toute trouvaille signalée donne lieu à une prime et les hommes qui se blessent au pied sur les chicots de racines qu’on ne peut pas faire disparaître dans les sentiers, dallés par nous de briques, sont dispensés de transports : un morceau de papier rouge des paquets photographiques, qu’ils ne peuvent se procurer chez eux collé à leur chapeau, les désigne et les excuse. » (Henri Parmentier – Souvenirs d’un vieil archéologue indochinois) Sur Henri Parmentier, voir AP0065. Sur les sites cham – Classement du Nord au Sud du Viêt Nam, voir AP1957.

Mots Clefs : Annam Quang Nam Dong Duong 1930 Champa – Fouilles – Site archéologique