AP1876-Despierres

AP1876-Despierres

Titre : Cambodge, Angkor, 1925 - Le Bayon - Tour à visages

Notice : Notule : Angkor - Culte personnel et Dieu-Roi "Des innombrables statues de Vishnu, de Chiva et des autres dieux, que nous a léguées l’ancien empire khmer, bien peu sans doute représentent d’une manière pour ainsi dire impersonnelle ces grandes figures du panthéon hindou. Ces images sont en grande majorité celles de rois, de princes ou de grands dignitaires figurés sous les traits du dieu en qui ils ont été ou seront absorbés à l’issue de leur existence terrestre. Les noms que portent les statues, généralement composés par la fusion de leur nom avec celui du dieu, indiquent bien qu’il s’agit d’un culte personnel. Ce culte, assez peu répandu dans l’Inde propre, a pris une grande extension dans l’Inde extérieure. Il est attesté dans l’ancien royaume cham, et surtout à Java et à Bali. Les belles statues conservées au musée de Batavia et dans les musées de Hollande, qu’on avait primitivement étiquetées Vishnu, Chiva, etc. sont en réalité des représentations de rois et de princes défunts sous les traits d’une divinité brahmanique ou bouddhique. Les cultes personnels sont attestés dès le début de la période angkorienne et remontent sans doute encore plus haut. Parmi les images destinées à ce culte (terme qu’il faut prendre au sens large, car c’était parfois un linga qui était ainsi consacré), il faut distinguer celles qui ont été dédiées à la mémoire des défunts et celles de personnages vivants, soit que le fondateur ait consacré des statues de ses parents, soit qu’il ait élevé sa propre image ou une image portant son nom. Au IXe siècle, la région d’Angkor vous montre le premier grand ensemble archéologique consacré au culte funéraire de la famille royale c’est le groupe de Roluos, à une vingtaine de kilomètres au sud-est d’Angkor, qui comprend les temples de Bakong, de Prah Ko et de Lolei. Cet ensemble nous révèle en même temps les liens qui rattachent ce culte funéraire à celui du Dieu-roi…/… En effet, en même temps que le roi Indravarman érige en 881 à Bakong le dieu royal sous le nom d’Indreçvara (Indra [varman] et îçvara c’est-à-dire Chiva), il construit tout à côté les six tours de Prah Ko abritant, sous les traits de Chiva et de son épouse, les statues de ses parents, de ses grands-parents maternels et de son prédécesseur Jayavarman II. A Lolei, en 893, le fils et successeur d’Indravarman, Yaçovarman, le fondateur d’Angkor, élève les statues de ses parents et grands-parents maternels. Toutes ces images portent des noms composés dont la première partie correspond au titre nobiliaire que portait de son vivant le prince ou la princesse divinisée dont la seconde partie est, suivant le sexe, Içvara ou Devi. Les visages des tours du Bayon sont probablement ceux du roi Jayarvarman VII dont les faces de tous côtés affirment l’omniprésence du roi et sa puissance sur toutes les provinces. Il n’est donc pas exagéré de dire que le grand dieu du Cambodge ancien, celui à qui furent consacrés les plus grands ensembles architecturaux, en tout cas les monuments en forme de pyramide ou "temples-montagnes", fut le roi. Au sommet de cette montagne marquant à la fois le centre de la ville royale et le centre de l’univers, le roi par l’intermédiaire de son image consacrée entrait en relation avec le monde divin…/…" (Georges Coedès - Pour mieux comprendre Angkor - Hanoï, IDEO 1943)

Mots Clefs : Cambodge Angkor 1925 Le Bayon