AP1660-Desmarets

AP1660-Desmarets

Titre : Hué, 1936 - Léon Sogny et Jean Desmarets

Notice : Ils sont réunis sur cette photo pour l'inauguration (2 Décembre 1936) des travaux réalisés par l'ingénieur Raoul Desmarets pour l'aménagement de la rive gauche de la Rivière des Parfums. Notule : Raoul Desmarets Entré à l’Ecole des Arts et Métiers de Lille en 1913, il n’en sort qu’en 1920, ses études ayant été interrompues par la guerre. Puis il travaille à Paris pour une société spécialisée dans le matériel et l’outillage industriels, Riollet-Dufour. Il avait souvent l’occasion d’arpenter les couloirs du Ministère des Colonies, un de leurs clients, où un beau jour il tomba sur un avis de recrutement d’ingénieurs pour les Travaux Publics des Colonies. Il signa en 1922 un engagement de 3 ans pour l’Indochine. Il s’embarqua sur le paquebot poste l’ "Amazone" le 24 février 1922. Il demanda à être envoyé en Annam et arriva à Hué le 30 mars 1922. Attaché au Service de l’Irrigation de l’Annam, il devra, avant de rejoindre son futur poste, faire un stage avec son camarade Dégremont. Un Gad’zart comme lui. Son stage terminé, il est affecté à Faifoo (Quang Nam) pour construire un barrage sur le Song Thu Bon à 50 kms en amont de Faifoo et creuser un canal de 40 à 50 km de long qui amènera l’eau de la montagne à la plaine. Il logera sur un sampan de 10 m, comprenant la cuisine et sa chambre à coucher. Il aura des chevaux pour se déplacer en brousse. Les renseignements qu’il avait recueillis à Huê pendant son stage, ensuite à Tourane, enfin à Faifoo, lui permettaient de se lancer dans quelques projets : création d’un cinéma à Faifoo où il aurait 2/5 des parts ; puis d’une machine à glace pour moitié. Plus tard il prit un quart des parts dans une société : le "Comptoir Industriel et Electro-Mécanique d’Extrême-Orient" à Saïgon. En 1924, il est à Tuy Hoa (Song Cau) pour de gros travaux d’irrigation et le creusement de 14 km de canaux. Début janvier 1924, il part rejoindre son nouveau poste. Volny Dupuy (voir AP1690), de son coté, prenait ses fonctions de Résident à Faifoo en février. Ils se sont ratés de peu. Le 13 avril, il fut nommé chef de la 4ème Subdivision. Le 20 août, il fut convoqué à Thuy Hoa où on lui donna l’ordre de faire le relevé topographique au 1/25.000ème d’une région encore blanche sur la carte. Concrètement, cela voulait dire : parcourir à cheval crêtes et vallées, relever toutes les cotes caractéristiques et les chaîner, (mesurer à la chaîne d’arpenteur), et rapporter tous les éléments permettant de tracer la carte, ses courbes de niveau, ses cours d’eau, ses lignes de crêtes etc. Travail à effectuer du 26 août au 15 septembre. Le 20 novembre 1924, on rajoute à sa juridiction la 5ème subdivision, ce qui porta la longueur de ses canaux à 100 km et l’allongement de ses chantiers. Tout cela par manque de cadre. Par contre on ne parle toujours pas de titularisation. Il est toujours "stagiaire". La hiérarchie aux Travaux Publiques était la suivante : Ingénieur adjoint stagiaire, son titre actuel (de 3ème classe, de 2ème classe, de 1ère classe). Ingénieur (de 3ème classe, de 2ème classe, de 1ère classe, hors classe). Ingénieur Principal (de 4ème classe, de 3ème classe, de 2ème classe, de 1ère classe, 2ème échelon) Ingénieur en chef Le 3 février 1925, il est enfin titularisé "Ingénieur adjoint de 3ème classe du cadre permanent des Travaux Publics de l’Indochine", avec 8.000 francs de solde de base par an, plus l’indemnité de déplacement (4.000 piastres) plus l’indemnité locale de 1.140 piastres. ../… Son chef lui annonce qu’il avait besoin d’un jeune ingénieur en bonne santé, célibataire, courageux, ayant déjà fait la brousse, pour l’étude d’une route dans une contrée à peine connue, déserte et à demi soumise. Il était justement le seul, à répondre à ces critères. Il fallait étudier, sur le versant cochinchinois, le tracé de la future route de Djiring, dans le Darlac, jusqu’à Saïgon, en passant par Bien Hoa. Ce tronçon fera partie de la Route Coloniale n°20. Il sera le chef de la 3ème Brigade. Son secteur en plein pays moï est un cirque où coule la Song Lagna affluent du Dong Nai, le fleuve de Saïgon. On ne peut y travailler que 6 mois par an, car la mousson transforme tous les ans la région en marécages. Il aura à recruter son personnel, le loger, le ravitailler. Il installe donc son P.C à Dan Ouang à 15 km du col de Blao, soit 6 heures de cheval en pleine brousse et dans la descente de la falaise. La route descendra en lacets serrés sur une dénivellation de 800 mètres. L’étude du tracé terminé, en 1927 il quitte le cirque avec cinquante porteurs pour arriver le 28 à Djiring. Le 14 juin, il reçoit son affectation pour Pleiku où il a 200 Moïs comme coolies et 35 camions attelés à sa disposition. Il a la charge des constructions et de l’entretien des bâtiments administratifs de Kontum et de Pleiku. Ajouter à cela 600 km de routes à entretenir soit 250.000 journées de travailleurs à surveiller. Pour clore, il a bien sûr tous les ouvrages d’art, soit à construire, soit à en contrôler l’entretien. A son 3ème séjour, il est nommé à Phu Nhon, près de Quang Ngai. Entretien des routes et des ouvrages d’art. En 1931, on lui ajoute la récupération d’une zone marécageuse de 120 km carrés à assécher sur la mer. Le 1er avril 1932, papa me descend à califourchon sur ses épaules, sur la route coloniale numéro un qui passe en bas de la colline. Il est plus de huit heures du soir. Et j’assiste terrifié, l’imagination en folie, au passage de six autos-chenilles de la mission France-Asie Citroën. Elles passent dans un fracas inconnu pour moi. Leur grands yeux lumineux et aveuglants, percent la nuit et mon imagination galopante. Comment des chenilles à moteur, pouvaient elles se déplacer conduites par des hommes. Le même mois, le courrier aérien est instauré en parallèle avec le courrier maritime. En novembre 1932 l’Ingénieur en Chef de Hué proposait à mon père de prendre la province de Thua Thien, la subdivision territoriale de la capitale Impériale ainsi que la voirie, c’est à dire les Travaux Municipaux. Pour faire bonne mesure, on lui ajoutait la province de Quang Tri, voisine du nord. Cela totalisait 2.500 à 3.000 kms de route à parcourir par mois. Ajouter à cela les aménagements du Palais Impérial, ainsi que l’aménagement de la route qui dessert les Tombeaux Royaux. Le 23 décembre 1932, nous déménagions de Phu Nhon, pour emménager à Hué. Mon père avait acheté une voiture plus petite pour ses tournées, une Renault de 6 cv, type N-N 2, de 4 places. Le 21 février 1933 nous avons un nouveau voisin, M. Délétie, directeur de l’Enseignement. Le 1er mars, mon père part en reconnaissance dans une montagne de la Chaîne Annamitique, Nui Bach Ma, "montagne du cheval blanc" qui culmine à 1.450 m d’altitude à 42 km au sud de Hué. Le village de Cau Hai, se trouve à 10 km du pied du massif au bord d’une grande lagune. Le Résident Supérieur et mon père rêvaient de donner à la capitale de l’Empire d’Annam, une station d’altitude, à l’instar du port de Tourane qui avait ouvert et équipé celle de Ba Na à l’ouest de la ville. Il fallait qu’elle soit près de Hué, facile d’accès, ce qui permettrait à ceux qui le désiraient, de se reposer dans une atmosphère pure, sous un climat tempéré. Mon père fit ouvrir un chemin de reconnaissance et quelques temps après il atteignit le sommet, découvrit le panorama et redescendit rassuré. Il avait trouvé ce qu’il cherchait. Il fit son rapport au Résident Supérieur de Hué, M. Grafeuil, qui s’y intéressait aussi. Celui-ci fut convaincu et lui confia l’étude du projet. Le 5 mai, le chemin d’accès à Bach Ma était terminé, cinq cents coolies y avaient contribué. On pouvait parvenir au pied en voiture et franchir à pied les 20 km de sentiers jusqu’au faîte. Le débroussaillage de la station avait commencé sur une surface de 2 kms de long sur 0,400 km de large. Le 25 mai on monte en voiture jusqu’à la cote 800. Le chemin praticable au public sera terminé le 15 mai. Mon père met aussi en chantier la route de Hué à Thuan An, la station balnéaire de Hué longueur du trajet, 13 km. Les travaux d’embellissement de la ville se poursuivent et l’installation de l’éclairage est en cours. La S.I.P.E.A., société privée qui fournit le courant, est dirigée par monsieur Gérard…/…" (Jacques Desmarets, fils de Raoul Desmarets - "Une vie au soleil" ) Voir les photographies des réalisations de Raoul Desmarets à Hué : aménagements des rives de la Rivière des Parfums et Stade olympiques dans les vignettes qui suivent. Sur la station d’altitude de Bach Ma, voir AP1040. Sur les routes coloniales, voir AP1225.

Mots Clefs : Annam Thua Thien Hué 1936 - 2 décembre Travaux publics Parcs et jardins - Stade olympique Manifestation officielle Inauguration