AP1620-Sogny-Marien

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Titre : Annam, Quang Nam 1933 – La voie ferrée après le passage du typhon

Notice : Notule : Typhons en Indochine « Typhon » est le nom donné aux cyclones tropicaux du Pacifique occidental et de la mer de Chine. En d’autres lieux on les appelle: hurricanes (Antilles), cyclones (Océan Indien), willy-willies (Australie), baguios (Philippines). Dans des zones où la température de la mer atteint 26° sur 60m de profondeur il se crée une circulation d’air chargé d’humidité vers les couches supérieures de l’atmosphère un peu plus fraîches. L’ensemble se déplace lentement vers l’ouest sous l’effet des vents dominants. Si ce front chaud et humide rencontre en altitude un front froid, la différence plus grande de températures va augmenter la dépression et entraîner une accélération de la circulation d’air : ce sera une tempête normale. Mais si une poche d’air très froid venant du nord vient à rencontrer une perturbation déjà existante, la différence de températures augmente brusquement, la dépression se creuse brutalement, le tourbillon grossit, s’accélère en rotation ascendante, se charge de plus en plus d’humidité, avec des précipitations très importantes ; c’est le typhon. Il peut atteindre plusieurs centaines de kilomètres de diamètre, les vents 350 km/h, les pluies 1 à 2 mètres par jour. Il se déplace à environ 20-30 km/h. Sa trajectoire, toujours vers l’ouest, est rarement rectiligne. Divers éléments complexes lui font faire des zigzags, des crochets voire un retour en arrière surprenant. Arrivé au-dessus de la terre le typhon se comble car il n’y a plus d’eau surchauffée s’évaporant pour alimenter le phénomène ; l’écart des températures s’atténue car la zone froide d’altitude est dépassée. Parfois un élément suffit pour que le typhon se comble bien qu’encore sur la mer, mais c’est assez rare. A terre, voici le déroulement du phénomène décrit par celui qui le subit sur son parcours. Le ciel se colore en rouge cuivre et se couvre. Le baromètre descend, d’abord lentement jusqu’à 750 mm de mercure, (1 mm Hg = 1,33322 hectopascals ; donc, ici, 1000 hPa – La normale est 1013) puis brutalement (730 mm=973 hPa). Les pluies commencent ; les vents s’élèvent, passant du SE au SO. Après six heures environ intervient une zone de calme appelée oeil du cyclone, pouvant durer jusqu’à une heure, au cours de laquelle vent, pluie, nébulosité diminuent; on arrive même à voir le soleil. Et brusquement les pluies reprennent de plus belle ; les vents passent du NO au NE, plus forts que dans la première période. L’effet de l’alternance du sens des vents est considérable: dans le premier temps les arbres sont violemment poussés dans un sens, leurs racines fragilisées par l’excès d’eau; dans le troisième temps la poussée est dans l’autre sens, les arbres déjà déstabilisés n’y résistent pas. Enfin la pression remonte brusquement (à 740) puis lentement jusqu’à 750 ; et le phénomène s’estompe. Il a duré une quinzaine d’heures. Les pluies très abondantes provoquent ensuite des inondations. Si l’on n’est pas directement sur la trajectoire du typhon on en ressent cependant l’essentiel du déroulement, sauf la zone calme centrale. Encore plus loin on ne subit qu’une « queue de typhon » plus ou moins intense. La surveillance des typhons, naissance et trajectoire, est primordiale pour la sécurité maritime et la prévention à terre. Pour l’Extrême-Orient l’observatoire le plus qualifié était (car il a été remplacé par un observatoire de Tokyo) celui de Zi Ka Wei (Xu Jia Hui en pinyin, Siu Kia Houei en EFEO), à 8km au SO de Shanghaï, créé par les Jésuites en 1882. Pour I’Indochine, un Observatoire Central Magnétique et Météorologique a été créé en 1904 à Phu Lien, près de Kien An, à 16km au SO de Haiphong (voir AP2159). En Indochine les typhons frappent le Tonkin, surtout en juillet, août et septembre ; le nord de I’Annam, surtout en septembre et octobre ; le sud de l’Annam, surtout en octobre et novembre; la Cochinchine, très rarement, de décembre à mars. Des Annales annamites de 1810 à 1904 signalent 13 typhons sévères et 22 queues de typhons pour le Centre-Annam (dont ceux du 4 octobre 1900 à Tourane, du 11 septembre 1904 à Hué, du 23 octobre 1904 à Quang Tri). Les statistiques de Phu Lien (portant sur 15 ans de 1912 à 1927) indiquent 24 typhons au Tonkin et Nord Annam (tout en rappelant celui mémorable du 16 juillet 1909), 17 pour le Centre Annam, 7 pour le Sud-Annam. Alors que pour la même période elles donnent 31 typhons sur la côte méridionale de la Chine et 111 pour la zone côte orientale de la Chine, Formose et Japon. Les typhons causaient d’importants dégats aux voies de communication (voir AP0436 et AP1621) et aux bâtiments publics ou privés (voir AP1185). Le « Quid » cite pour l’Indochine les typhons suivants qui ont été très meurtriers, mais sans indiquer les régions frappées : 8 octobre 1881, 20 octobre 1952, 25 septembre 1953, 5 octobre 1980. Dans le fond Bonnet il y a une photographie (AP3343) prise mi-1928 à Hai Duong après un typhon. Il ne devait pas avoir été très violent car la vue ne montre pas de dégâts importants. Le rédacteur de ces lignes a subi une queue de typhon à Saïgon, à une date non précisée mais comprise entre juillet 1951 et avril 1954. Le lendemain matin beaucoup d’arbres des rues du Plateau perpendiculaires à l’Arroyo Chinois étaient couchés vers le SO, les fils électriques du tramway rue Paul Blanchy étaient enchevêtrés à terre, la circulation automobile impossible. Le soir tout était à peu près rétabli, l’armée française étant immédiatement et massivement intervenue. (Comité de Rédaction)

Mots Clefs : Annam Quang Nam 1933 Typhon – Catastrophe naturelle Voie ferrée