AP1369-Sallet

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Titre : Vieux Hanoï, 1885 – La porte Est

Notice : Entrée extérieure de la Citadelle. Carte postale n°26 de la 2ème série (1905-1914) de la collection Dieulefils, reproduisant une ancienne photo datée de 1885. Sur les cartes postales de la collection Dieulefils, voir AP1124. La photographie ancienne représente le pont qui franchit le fossé de la citadelle sur la face Est de la citadelle et qui aboutit à un passage dans le mur de la demi-lune située en avant et protégeant la porte Est proprement dite. Notule : La Citadelle de Hanoï En 1805, trois ans après son accession au trône, Gia Long fit reconstruire la citadelle de Hanoï, qui avait été gravement endommagée au cours des luttes contre les Tây Son. Comme toutes celles qui furent construites à cette époque, cette citadelle s’inspira des ouvrages défensifs dits « à la Vauban ». L’évêque d’Adran avait traduit pour son protégé Nguyen Anh des livres militaires français traitant de l’art des fortifications. Olivier de Puymanel, compagnon de l’évêque, qui construisit la citadelle de Saïgon, était mort en 1799 et n’a donc pas pu participer à la construction de celle de Hanoï. Mais le plan fut sans doute tracé par un des officiers français demeurés auprès de Gia Long, Vannier, Chaigneau, de Forsans ou Despiau ; il fut néanmoins remanié par les mandarins pour se conformer aux contraintes géomantiques. La citadelle formait un vaste quadrilatère d’environ 1200 mètres de côté, orientée sensiblement Nord-Sud. Chacune des faces présentait des bastions (ouvrages avancés à deux flancs) séparés par des courtines (murs joignant les flancs de deux bastions). Aux angles s’élèvaient des demi-bastions. Chaque face comptait donc deux bastions, deux demi-bastions et trois courtines. Une porte monumentale s’ouvrait au milieu des faces ouest, nord et est, tandis que la face sud comptait deux portes, sud-ouest et sud-est. Il ne subsiste plus actuellement que la porte nord, construction imposante en briques avec un passage intérieur voûté de 23 de mètres de long, surmonté d’un mirador et fermé par une porte de bois massive. Les portes étaient protégées par des demi-lunes (ouvrages extérieurs en avant de la muraille). Un passage était aménagé sur une des faces de la demi-lune, fermé par une porte en bois. C’est le passage de la demi-lune Est qui figure sur notre vignette. Tout autour de la citadelle courrait un fossé d’une largeur de 15 à 18 mètres et d’une profondeur d’environ 5 mètres inondé de façon permanente. Ce fossé était bordé d’une berme avec escarpe et contrescarpe. La hauteur du rempart au-dessus de la berme était d’environ 5 mètres. Le technique occidentale ne pouvait suffire à elle seule à assurer l’invulnérabilité de la citadelle. Il fallait aussi que son orientation et sa construction répondissent à des conditions magiques extrêmement rigoureuses. Au IXème siècle déjà, le gouverneur chinois Cao Bien avait reconnu que la configuration du site de la ville de Hanoï affectait la forme d’un dragon dont le nombril se trouvait à l’emplacement du temple de Bach Ma, le « Cheval Blanc », toutes conditions géomantiques extrêmement favorables. De la citadelle de Hanoï, on a pu dire qu’elle était le type même de la « citadelle géomantique ». Son orientation précise et celle de ses principaux monuments furent donc déterminées à l’aide de la boussole des géomanciens et les plans des officiers français modifiés pour tenir compte de ces données. En 1835, sous Minh Mang, les remparts furent même écrêtés, toujours pour des raisons géomantiques et leur hauteur fut réduite de 70 centimètres. Pour renforcer les influences favorables du site, des collines artificielles, buttes géomantiques, avaient été élevées dès le XIème siècle, sous l’empereur Ly Thai To. Ces collines sont au nombre de cinq, correspondant aux éléments et aux planètes : – la plus importante de ces buttes, considérée comme le palladium et le nombril de la ville, est le Nung Son placé à l’endroit même où le génie Bach Ma apparut à Cao Bien et sur laquelle Ly Thai To édifia son palais impérial; – le Tam Son, montagne aux trois sommets se trouve à proximité de la porte nord. Il aurait appartenu à la fois, en vertu de sa double forme, aux éléments Eau et Terre qui correspondent aux planètes Mercure et Saturne. L’attribut de Saturne est la fidélité et c’est le lieu que choisit Hoang Dieu pour se suicider, après le perte de la citadelle en 1882, pour montrer marquer sa fidélité à son souverain ; l’autre partie de ce tumulus, en forme de coupole, appartenait à la planète Mercure et se rapportait au Nord. Elle touchait à la porte septentrionale, près du temple de Tran Vu, le « grand Bouddha » qui gouverne cette partie de l’univers ; – le Khan Son, situé à l’Ouest représentait la planète Vénus et l’élément Métal qui gouverne l’occident ; – la colline Thai Hoa, dans la partie orientale de la cité représentait Jupiter et l’élément Bois qui régit l’Est. Le tumulus disparut lors de la construction des premiers bâtiments militaires de la citadelle ; – enfin, au Sud, un tumulus tenait lieu de la planète Mars et de l’élément Feu qui gouverne le Midi. Sur cette hauteur fut édifiée la tour qui devint, sous les Nguyen, le mât du drapeau ou Mirador. Mais tout l’art de Vauban et toute la science des géomanciens ; ne suffirent pas pour protéger la citadelle et elle fut enlevée successivement le 19 novembre 1873 par la petite troupe de Francis Garnier et, le 25 avril 1882, par l’expédition d’Henri Rivière. La démolition de la citadelle fut décidée en 1894 et un contrat passé entre le Gouverneur général de Lanessan et un entrepreneur parisien. Ce contrat prévoyait qu’en payement de cette démolition, du comblement des fossés et des mares et de l’ouverture de voies sur les terrains dégagés, le concessionnaire recevrait une somme de 60.000 francs et la propriété des terrains déclassés, à l’exception de 5 hectares, réservés au Protectorat. Après ces travaux de démolition, il ne subsistait plus de la citadelle de Gia Long que de rares vestiges, la porte Nord, la porte monumentale de l’ancien palais royal, au centre de la Citadelle, la « pagode royale » et le Mirador ou tour du drapeau. La pagode royale, désignée lors de la conquête sous l’appellation de « temple de l’Esprit du Roi » s’élevait exactement sur le tertre Nung Son. Depuis que la ville de Hanoï n’était plus la capitale du royaume, il servait de simple gîte d’étape lors des déplacements de la Cour. Certaines photos de Hocquard nous en ont conservé l’allure générale. Ce bâtiment était édifié sur une vaste terrasse à laquelle on accédait par des escaliers dont les rampes étaient ornées de dragons. L’escalier triple de la face Sud, avec des dragons « naturalistes » au centre et des dragons très stylisés aux extrémités est donné par Bezacier comme un très bel exemple de la sculpture vietnamienne au XVème siècle. Francis Garnier s’installa dans ce bâtiment en 1873 et Henri Rivière l’utilisa comme corps de garde de la compagnie en le transformant en réduit fortifié. En 1885, ce réduit ne présentant plus d’intérêt militaire fut détruit et remplacé par le banal bâtiment de la direction de l’Artillerie. Au Sud et dans l’axe de la pagode royale s’élève le Mirador, tour en brique d’une quarantaine de mètres de haut appelée « mât du drapeau », Cot Co, parce qu’on y hissait le drapeau jaune de l’empereur les jours de fête. Construit sous Gia Long en 1812, ce monument se compose à la base de trois terrasses rectangulaires décroissantes, la terrasse inférieure mesurant 42 mètres de côté, la supérieure 15 mètres. Au-dessus s’élève une tour octogonale en briques de 18 mètres de haut et de 2 mètres de côté, surmontée d’une guérite et de la hampe du drapeau. La décision de démolir complètement la citadelle fut prise pour des raisons mal définies et on ne peut que la déplorer. Le contrat passé avec l’entrepreneur parisien fut, à l’époque, vivement critiqué. Doumer, arrivé en Indochine en 1897, écrivit : « J’arrivai trop tard pour sauver les parties intéressantes. Les portes, en particulier, méritaient d’être conservées. Elles avaient un grand caractère auquel s’ajoutaient, pour leur donner droit à notre respect, les souvenirs historiques qui y étaient attachés. Elles auraient embelli les quartiers de la ville et n’auraient pas plus gêné la circulation et contrarié les alignements que ne le fait à Paris, toutes proportions gardées, l’arc de triomphe de l’Etoile. » (Comité de Rédaction) Sur Hanoï, voir AP1387.

Mots Clefs : Tonkin Hanoï 1885 Carte postale Citadelle – Rempart