AP1318-Despierres

AP1318-Despierres

Titre : Hanoï, 1920 – Peinture de Salgé – La pagode Mot Cot

Notice : Le pagodon se dresse, sur son pilier unique, au lieu d’un bassin carré rempli d’eau, de 17 m de côté. Ce bassin est entouré d’une balustrade en maçonnerie. Il est couvert de lotus et de plantes aquatiques. Sur les cartes postales de la collection Salgé, voir AP1125. Notule : La pagode du Pilier Unique, Chua « Mot Cot » à Hanoï La « Pagode Mot Cot », du pilier unique (en sino-annamite, Nhat – Tru Tu), est certainement le monument le plus connu de la capitale. Cet élégant petit pavillon, qui affecte la forme d’une fleur de lotus émergeant d’un bassin, est un des bâtiments du temple bouddhique, Duyen Huu Tu, situé à l’est des anciennes murailles de la citadelle de Hanoï. Le temple Duyen Huu, « de la déesse qui secourt en attirant » tire son nom de la légende attachée à la création de la pagode Mot Cot. D’après les Annales et divers documents anciens, l’édification du monument remonterait au dixième mois de la première année Sung Hung Dai Bao (1049). Ce serait donc un des monuments les plus anciens de la capitale. Cette année là, le roi Ly Thai Ton, deuxième souverain de la dynastie des Ly qui régna sur le Viêt Nam de 1009 à 1225, déjà avancé en âge et qui n’avait pas d’héritier, vit en rêve la déesse Quan Am le prendre par la main et le conduire dans son palais en forme de fleur de lotus. A son réveil, il fit part de son rêve aux ministres de la Cour qui le considérèrent comme néfaste ; un bonze lui conseilla de bâtir un temple. Le roi fit ériger une colonne de pierre au milieu d’un bassin et sur laquelle fut aménagé un pavillon en forme de fleur de lotus. Des religieux se livrèrent à des évolutions autour de l’étang en récitant des textes sacrés afin « d’attirer le secours » (Duyen Huu) de Quan Am et de prolonger la vie du roi. Cette même année, la reine mit au monde un fils qui régna plus tard sous le nom de Ly Thanh Ton. La pagode du Pilier Unique est située à l’est du bâtiment principal du temple Duyen Huu (comme on le voit sur la carte postale de cette vignette). Une pièce d’eau de forme carrée de 17 mètres de côté, le bassin de « la vertu divine », est entourée d’une murette ornée de carreaux en faïence vernissée. Cette murette date de la restauration de 1925, la galerie couverte décorée de peintures qui existait à l’origine ayant depuis longtemps disparu. Au centre de ce bassin, sur un pilier en maçonnerie remplaçant le pilier de pierre détruit pendant la dernière guerre, est juché un gracieux pavillon en bois reposant sur huit poteaux qui prennent appui sur huit poutres horizontales rayonnant à partir du pilier central (voir AP3480, AP3487 et AP3492). Cette légère construction ne contient qu’une petite pièce centrale carrée entourée d’un étroit balcon bordé lui-même d’une minuscule balustrade avec des balustres en bois tournés. La toiture aux angles élégamment relevés, à quatre pans et avec deux pignons triangulaires sur les faces latérales, est ornée sur son faîtage d’un motif en ciment figurant « les deux dragons rendant hommage à la lune ». L’ensemble évoque assez bien une fleur de lotus dressée sur sa tige, au-dessus de l’eau du bassin. La cella centrale renferme une seule statue sur un autel, celle de la déesse Quan Am, représentation féminine du Bodhisattva Lokeçvara, représentée sous la forme de la « déesse aux mille bras et aux mille yeux » (voir AP4139). Le pagodon est relié au sol ferme par un escalier en maçonnerie assez lourd (voir AP3713) qui jure avec la légèreté de l’édifice. On attendrait plutôt, pour arriver à cette pagode suspendue, un svelte escalier de bois. Les annales mentionnent plusieurs restaurations de cette pagode. La première eut lieu dès l’année 1073, ordonnée par la reine Linh Nhân, bien connue pour son attachement à la religion bouddhique. En 1101 et 1106, le roi Ly Nhân Ton fit approfondir l’étang et l’entoura d’une galerie décorée de peintures. Dans la cour, on éleva un stupa orné de tuiles blanches. Au 19e siècle, plusieurs restaurations furent entreprises à l’initiative de mandarins et d’habitants de la ville de Hanoï. En 1925, comme le pagodon menaçait ruine, une reconstruction complète fut réalisée par l’Ecole française d’Extrême-Orient, sous la direction de son architecte, M. Batteur (voir AP3686, AP3713). Les charpentes pourries furent remplacées, les ornements de chaux du faîtage furent descendus en bloc et remontés, la minuscule balustrade en bois fut refaite avec des balustres tournés. La seule addition réelle, mais invisible, fut celle d’un fer en étoile, posé à la rencontre des bois de support sur la colonne centrale. Le bassin a été encadré d’une murette ajourée de carreaux en faïence vernie d’origine chinoise, remplaçant la galerie depuis longtemps disparue. Au cours de la restauration de 1925, une inscription sur une lame de pierre a été retrouvée sur la colonne, sous le plancher. Elle est datée de la 15è année Canh Tri (1665) et signée du bonze Le Tât Dât. D’après cette inscription, au temps où l’Annam était assujettie à la Chine, le gouverneur chinois Cao Bien fit élever au milieu d’un étang de forme carrée qui se trouvait à Long Bien, siège du protectorat, un pilier de pierre surmonté d’un pavillon précieux abritant une statue de Quan Am à laquelle il voua un culte. La dynastie des Ly ayant établi sa capitale au même endroit, perpétua ce culte. Le roi Ly Thanh Ton allait fréquemment implorer Quan Am de lui accorder un fils. Une nuit, il rêva que la déesse l’attirait (Duyen) dans son pavillon et lui déposait un enfant entre les bras. Le même mois, la reine conçut ; le roi fit alors construire le temple Duyen Huu, à l’ouest de la pagode du pilier unique. D’après une autre tradition, le pilier érigé part Cao Bien aurait été en bronze et la déesse Quan Am aurait révélé à Ly Thanh Ton que ce pilier blessait l’échine du dragon et, qu’à moins de le détruire, le roi resterait privé de postérité. Le roi l’aurait alors jeté dans le fleuve et aurait construit à sa place le temple Duyen Huu. L’année suivante, la reine mit au monde un fils et cet événement si désiré fut l’occasion d’un changement de période dans le calendrier. Le gouverneur chinois Cao Bien a laissé un souvenir marqué dans l’histoire de l’Annam. Il est encore honoré dans de nombreux temples et est considéré comme un des grands maîtres de la géomancie. La construction de plusieurs temples anciens du Tonkin lui est attribuée. Ces traditions purement légendaires, traduisent simplement le respect porté à ce personnage et le désir de conférer aux monuments concernés une grande ancienneté. En septembre 1954, quelques semaines après la signature des accords de Genève et quelques jours avant l’arrivée des troupes communistes à Hanoï, la pagode Mot Cot fut détruite par une explosion. Le petit pavillon en bois fut entièrement soufflé (voir AP4140, AP4141) et la statue de la déesse mutilée (voir AP4139). Les autorités Viet Minh attribuèrent cet attentat à l’armée française, mais le journaliste Lartéguy, qui séjournait à Hanoï au moment des faits l’attribue à des nationalistes vietnamiens opposés à la réunification du pays sous la botte communiste. La pagode fut reconstruite en 1956. Le pilier en pierre fut remplacé à cette occasion par un pilier en maçonnerie. La pagode « du pilier unique » est certainement un des monuments les plus intéressants de la capitale. Sa fondation en 1049 en fait également un des plus anciens. Œuvre de la dynastie des Ly, première des grandes dynasties nationales du Viêt Nam, elle est le symbole de la revendication par cette dynastie de la plénitude de son pouvoir et de son rôle d’intercesseur mystique. L’art des Ly, qui couvrit le Dai Viet d’une « robe de temples » est sans conteste la plus belle période de l’art du Viêt Nam. La pagode a été reproduite lors d’expositions coloniales en France, en particulier celle de Marseille en 1922 (voir AP1495) et celle de Vincennes en 1931. Le caractère unique de sa construction, évoquant une fleur de lotus épanouie au centre d’un miroir d’eau, la rattache aux plus lointaines origines du peuple vietnamien car cette forme présente une analogie certaine avec les niches cultuelles debout sur un poteau que les paysans dédient depuis des temps immémoriaux aux esprits des rizières et des forêts. Elle n’est pas sans évoquer également les Kinh Trang, colonnes en pierre couronnées d’une fleur de lotus, emblème du bouddhisme, érigés dans la cité royale de Hoa Lu. (Comité de Rédaction)

Mots Clefs : Tonkin Hanoi Carte postale 1920 Pagode Dessin – Aquarelle Auteur : Salgé