AP1254-Sallet

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Titre : Tonkin, Son Tay, 1900 – Porte ouest

Notice : Carte postale n°608 de la première série (1902-1905) de la collection Dieulefils. Sur la collection de cartes postales éditées par Dieulefils, voir AP1124. Vue de la porte principale de la citadelle de Son Tay, avec le pont en maçonnerie franchissant la douve. La citadelle fut mise à sac par les troupes de l’amiral Courbet (1883) Notule : Prise de Son Tay – 17 décembre 1883 « …/…Le 25 octobre 1883, l’Amiral Courbet fut nommé commandant en chef des forces de terre et de mer. M. Harmand demanda à rentrer en France en congé (1er décembre 1883), afin de laisser toute liberté d’action à l’Amiral. C’est M. Silvestre qui fut chargé de la direction des affaires civiles, mais sous les ordres de l’Amiral commandant en chef. Aussitôt que les renforts de France (3.600 hommes) eurent débarqué, l’Amiral se prépara à marcher sur Son Tay le principal centre de l’alliance sino-annamite. C’est là que résidaient Hoang Ke Viem, Généralissime annamite, et Luu Vinh Phuoc chef des Pavillons Noirs. Le 10 décembre (1883) l’Amiral forma deux colonnes ; l’une, l’aile droite (Colonnel Bichot), remonta le Fleuve Rouge jusqu’au delà de l’embouchure du Day ; l’aile gauche (Colonel Belin), fit la route de Hanoï à Son Tay à pied (45 km). Toute la journée du 14 décembre, ainsi que la nuit suivante, les deux colonnes, malgré l’appui des canonnières, eurent bien du mal à enlever le village et les retranchements de Phu Sa. Le 15 décembre on occupa toute la ligne de défense parallèle au Fleuve Rouge de Phu Sa à Phu Nhi. Le 16 décembre, à 5 heures du soir, l’Amiral donna le signal de l’assaut, vers la porte de l’Ouest de Son Tay Malgré le feu meurtrier venant du haut des remparts, les parapets, puis l’enceinte extérieure furent enlevés et les Chinois, disparurent dans la citadelle. Comme il était trop tard, et que les troupes étaient exténuées, l’Amiral ordonna le repos sur les positions conquises, et prit ses dispositions pour continuer la lutte…/… Le matériel abandonné fut immense. Canons, fusils, poudre, vivres et métaux. Luu Vinh Phuoc fut légèrement blessé. Officiellement la Chine feignit de se désintéresser de sa défaite, sous prétexte qu’aucune des troupes impériales n’avait pris part à la lutte. Quant aux mandarins et aux lettrés annamites, assurés de l’invincibilité absolue de leurs positions, leur stupeur et leur rage furent au comble. Ce beau fait d’armes eut un double résultat : il fit différer, comme nous l’avons déjà vu, le massacre général des chrétiens annamites (sauf au Sud de Hué et à l’Ouest du Thanh Hoa) ; puis il détermina les chambres de Paris à voter l’envoi de près de 7.000 hommes de renfort…/… » (Extrait du BAVH 1941/3 par A. Delvaux des M.E.P) Le BAVH 1932/3 a publié les « Lettres du Capitaine d’Infanterie de Marine J. Petit-Jean Roget » décrivant les combats de Phu Sa et de Son Tay : « Son Tay, le 19 Décembre 1883. Chère mère, Nous avons pris Son Tay après une bataille de 5 jours ; je suis sain et sauf et je me porte on ne peut mieux. Mais mon Capitaine est blessé grièvement et mon Lieutenant est tué. Je suis proposé pour une citation et le premier pour capitaine dans le bataillon. On m’a dit que j’étais trop jeune pour la croix, à laquelle du reste je n’ai jamais pensé. Les journaux vous ont déjà appris que je n’étais pas sur la liste des blessés. L’affaire a été très dure, il a fallu enlever une série de retranchements plus forts les uns que les autres. Ma compagnie est une de celles qui ont le plus donné ; j’ai le Sergent-Major et 28 hommes hors de combat sur 109 qui se trouvaient présents, outre les deux officiers les plus anciens ; c’est moi qui commande à présent. Les hommes ont montré un grand courage, chez nous surtout, et à l’assaut le plus terrible, au fort de Phu Sa, ma compagnie est arrivée en haut des retranchements avant les Turcos ; aussi nous sommes comblés de félicitations. Cette affaire nous coûte 300 à 400 morts ou blessés, on ne sait pas encore trop au juste. Les Turcos, la Légion et nous surtout, avons beaucoup souffert. A présent, nous nous reposons dans la citadelle de Son Tay et nous en avons bien besoin. Voilà près de huit jours que nous couchons tous les soirs par terre, mais nos bagages nous ont toujours suivis et nous n’avons manqué de rien comme nourriture. Je serai bien content de rentrer à Hanoï pour me reposer un peu, mettre du linge propre et dormir dans un lit. Nous sommes tous d’un sale à faire reculer d’horreur. Je fais laver mon linge en ne gardant que ma vareuse sur le dos. Nous avons eu affaire à des Chinois plus qu’aux Annamites, et des gens se battant parfaitement bien, armés de fusils à répétition et de carabines anglaises et américaines. Enfin je crois qu’on leur a infligé une correction qui les en dégoûtera pour longtemps. Nous avons pris une grande quantité de Chinois qui sont presque tous blessés et on les fusille de suite. Ils s’y attendent du reste parfaitement et n’ont par l’air d’en être étonnés. Dans une autre lettre je te donnerai plus de renseignements, pour celle-ci je n’ai pas le temps de t’en écrire d’avantage. Je vous embrasse tous de mon mieux. N’attends pas trop mes lettres, on a si peu le temps qu’il faut un hasard comme aujourd’hui pour écrire. Je t’embrasse bien. J. Roget » (Extrait du BAVH 1932 N°3 – Lettres du Capitaine d’Infanterie de Marine J. Petit-Jean Roget)

Mots Clefs : Tonkin Son Tay Son Tay 1900 Carte postale Combat Citadelle – Rempart