AP1024-Cosserat-Maurice

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Titre : Hué, 1936 – Enseignants et élèves du lycée Khai Dinh

Notice : Le Lycée Khai Dinh, anciennement collège Quoc Hoc, était situé en face du monument aux morts de Hué, sur la rive gauche de la Rivière des Parfums. On reconnaît, au centre sous le portique d’entrée, Monsieur Henri Cosserat (Fils). Henri Cosserat a été professeur de Sciences Naturelles et, plus tard, proviseur du Lycée Khai Dinh. En 1948, il sera Directeur de l’Enseignement en Annam. Ses élèves ont conservé de lui le souvenir respectueux d’un professeur aux exceptionnelles qualités humaines et pédagogiques. (D’après Ratou Cosserat). Notule : Le Collège Quoc Hoc, futur Lycée Khai Dinh Là où s’élève le Quoc Hoc actuel, il y avait jadis les casernes des troupes de la Marine, Thuy Su ; en tout 15 longs bâtiments datant de 1806 et s’étendant du canal de Phu Cam à la Résidence Supérieure ; sur le bord du fleuve étaient des hangars servant de cales sèches pour les barques royales ; après les événements de 1883-1885, ces casernes furent désaffectées peu à peu ; en 1897, par ordonnance royale, le Quoc Hoc fut créé, pour l’enseignement des sciences occidentales ; il fut construit avec une partie des bâtiments de l’école des Hanh Nhon, et, en 1899, on y affecta deux des casernes de la Marine ; c’étaient des maisons couvertes en paillotes et d’une installation vraiment sommaire ; M. Ngo Dinh Kha fut le premier directeur de l’établissement. La « principale école franco-annamite de tout l’Annam » a été détruite en 1917 à cause de sa vétusté. Elle deviendra plus tard le Lycée Khai Dinh. C’est à l’occasion de sa disparition que E. Le Bris, membre actif de l’AAVH, formé à la « sauvegarde de la mémoire » de la capitale, lui consacre un article dans le BAVH, 1916. En voici quelques extraits : « Ces bâtiments vont être démolis : ils sont les presque les derniers vestiges du Vieux Hué qui disparaît peu à peu, désagrégé par l’œuvre du temps ou remplacé par un Hué plus « vingtième siècle », au séjour plus facile aussi, n’en déplaise aux membres de notre Société. C’est pourquoi il est un peu de notre devoir de fixer quelques souvenirs historiques au sujet de notre Quoc-Hoc pour que l’oubli ne se fasse pas complètement sur lui. Voici d’abord le portique d’entrée, à caractère architectural bien annamite ; deux larges murs réunis par quelques poutres supportant un étage, le tout recouvert par un toit à la chinoise, telle en est, grosso modo, la structure. Il fut construit en 1898, en même temps que le mur d’enceinte en briques. Vingt ans seulement, alors qu’il en paraît cent ; comme, en ce pays, le temps donne vite un air de vétusté à toute chose ! Sur le devant, un panneau vert de grisé permet encore de distinguer les caractères : « Phap Tu Quoc Hoc Truong ». A l’étage, auquel on accède par un escalier vermoulu et tortueux, est suspendue une cloche fêlée jetant de temps en temps sa petite voix vieillotte et sèche sur tout ce coin d’une autre époque. La porte d’entrée franchie, une allée feuillue se présente au visiteur. Elle se termine du côté Sud du collège par une sortie sur les rizières de Phu Cam après avoir séparé tout l’établissement en deux parties bien nettes : à gauche les classes et à droite les habitations du Directeur, de quelques maîtres et des internes. Il y a, au Quoc Hoc à proprement parler deux écoles ; d’abord l’école primaire élémentaire, construite parallèlement à la rue Jules Ferry, puis, derrière, les cours complémentaires où enseignent les maîtres européens, au fond d’une cour plantée de caoutchoutiers et de lilas du Japon. Toutes les salles se ressemblent et toutes font peine à voir : des murs jaunes qui s’effritent, des portes et fenêtres rongées et tenant par miracle, voilà le cadre ; ajoutez quelques cartes au mur, de longues tables incommodes aux écoliers, un bureau quelconque pour le maître et vous aurez une salle de classe du Collège Quoc Hoc. Avant 1912, les maîtres européens étaient souvent dans l’obligation de faire leurs cours la tête couverte ou parfois encore de prendre un parapluie pour circuler dans les classes. Ce n’est qu’à la suite d’un rapport officiel du Docteur Reboul, alors chef du Service de la Santé à Hué, qui y dénonçait le Quoc Hoc comme un danger public, qu’on se décida à ajouter dans chaque classe un double plafond en bambou tressé. En la 8e année du règne de Thanh Thai (1897), un arrêté royal ordonna de construire le Collège Quoc Hoc en transportant sur le terrain officiel du corps d’armée de gauche Ta Dinh une partie des immeubles de l’école des Hanh Nhon. On ajouta, pour le Directeur, une maison composée de trois travées terminés par deux demi travées…/… L’heure de la mort a sonné pour le vieux collège. L’Administration, sans attendre que de lui-même le Quoc Hoc croule, a décidé de le démolir et de construire sur le même emplacement de magnifiques bâtiments à étages où les futurs élèves trouveront toutes les facilités pour s’instruire et toutes les commodités pour vivre agréablement ; depuis mai l915, des centaines d’ouvriers travaillent activement à cet effet, sous l’habile direction de M. Leroy, entrepreneur, un des « Amis du Vieux Hué ». Dans quelques années, ce coin ne sera plus reconnaissable ; les admirateurs bénévoles de la symétrie et de l’uniformité seront satisfaits de voir des constructions confortables à vague style européen dans ce merveilleux paysage d’Orient. Nous, pour qui le vieux collège disparu sera lié à des souvenirs de jeunesse, nous fermerons peut-être parfois les yeux, en passant devant les nouveaux bâtiments, en nous remémorant les vers si tristes de Sully Prud’homme : « Je n’aime pas les maisons neuves, Leur aspect m’est indifférent ; Les anciennes ont l’air de veuves Qui se souviennent en pleurant »… (Comité de Rédaction)

Mots Clefs : Annam Thua thien Hué 1936 Enseignement – Lycée