AP0100-Sallet

AP0100-Sallet

Titre : Annam, environs de Dalat, vers 1919 – Moï porteur de hotte

Notice : Photo sans doute prise pendant le séjour du docteur Sallet à Dalat, en 1919. Dans la région de Dalat, un montagnard s’est arrêté pour se reposer et admirer le paysage de collines à la végétation rare. Il a conservé sa lourde hotte sur le dos en la faisant reposer sur un bâton pour le soulager. Ce sont ces bâtons que l’on voit dans la photo AP0099 auprès des bagages du groupe. Notule : Mnong et Maa – Minorités du sud-indochinois – L’essartage Les Mnong occupent les hauts plateaux à cheval sur les frontières du Cambodge, du sud de l’Annam et du nord-est de la Cochinchine, autour de la région appelée des « trois frontières ». La limite septentrionale de leur habitat passe au sud de Ban Me Thuot où ils sont en contact avec des montagnards austronésiens, les Jarai. Au Cambodge, où ils sont répandus dans les provinces du Mondolkiri et du Rattanakiri, ils sont dénommés Phnong. Les Maa sont séparés des Mnong par les Koho du plateau de Fyang, une tribu apparentée de riziculteurs. Mnong et Maa occupent une succession de plateaux et de collines qui s’étagent jusqu’au versant tombant abruptement sur les petites plaines côtières du Centre. C’est la région de la haute forêt plus ou moins dégradée et Mnong et Maa sont les « hommes de la forêt et de l’essartage ». L’essartage se pratique de la façon suivante : – au coeur de la saison sèche, on abat tous les arbres et arbustes d’un terrain choisi au préalable et on les laisse sécher au soleil pendant environ un mois. – à l’approche de la saison des pluies, on incendie les abatis, après avoir aménagé des pare-feu tout autour de la zone concernée et après avoir exécuté les rites agraires appropriés. On brûle soigneusement les troncs et les souches qui n’ont pas été entièrement calcinés et on étale les cendres qui vont servir d’engrais et enrichir le sol. – on procède alors aux semailles ; les hommes s’avancent sur le champ et percent le sol avec deux piquets pointus qu’ils tiennent dans chaque main tandis que les femmes qui les suivent, déposent quelques semences dans chaque trou. – pendant la saison des pluies, il faut procéder à des sarclages répétés pour éviter la prolifération des mauvaises herbes. Une récolte de riz précoce permet d’assurer la soudure. – la moisson du paddy « mère » a lieu enfin après une nouvelle et très importante cérémonie rituelle qui constitue une action de grâces envers les génies qui ont protégé tous les travaux agricoles et permis de riches récoltes Au bout de quelques années, quand la fertilité de ce terrain enrichi par les cendres végétales est épuisée, on se déplace pour mettre en valeur de la même façon une autre partie de la forêt. Mais les montagnards prennent grand soin de laisser la forêt se régénérer et l’humus se reconstituer. Ces « Ray » ont un rendement nettement supérieur à celui des rizières de montagne irriguées. De plus la culture du riz y est associée à la production de légumes et de fruits ainsi qu’à la culture de cotonniers et d’indigotiers. Les déplacements des cultures servent de calendriers aux montagnards et ils parlent de « l’année où ils ont mangé la forêt » de tel ou tel endroit. A côté de ces « hommes de la forêt et de l’essartage », sur les plateaux les plus élevés, vivent des populations très proches par la langue et par le mode de vie mais qui pratiquent la culture dans des rizières qu’ils labourent selon des techniques qu’ils disent avoir héritées des Cham. Ce sont en particulier les Lac, de la région de Dalat et les Sré de la région de Djiring. Le vocable « Sré » signifie d’ailleurs « rizière irriguée ». Les montagnards de cette région sont passés maîtres dans l’art de la vannerie (voir AP0003). Dans chaque foyer, les hommes fabriquent eux-mêmes les paniers, hottes et vans dont la famille a besoin. De même trouve-t-on dans chaque foyer un métier à tisser de type « océanien » à un rang de lisse, un rouet et une égreneuse à coton. Ces instruments sont utilisés par les femmes et permettent de vêtir tous les habitants de la « grande maison ». Certaines tisseuses confectionnent des pièces, jupes, ceintures-tabliers, couvertures qui sont de vrais chefs-d’oeuvre richement colorés en indigo et en rouge chez les Mnong, tandis que les Maa préfèrent le blanc. La réputation de ces artistes dépasse nettement le cadre de leur village et permet des échanges avec les villages voisins et même un commerce avec les villes environnantes. Par ailleurs toutes ces populations attachent une très grande importance à la parure corporelle. Hommes et femmes ornent leur coiffure de peignes, de plumes de couleur et de pompons de coton rouge. Dans certaines tribus, on casse les incisives de la mâchoire supérieure et on taille en pointe celles de la mâchoire inférieure, puis on laque de noir toute la dentition, « pour ne pas ressembler au buffle ». (D’après Georges Condominas, in « Montagnards des pays d’Indochine ») Sur les minorités ethniques du Sud indochinois, voir AP0003.

Mots Clefs : Annam Haut-Donnaï Environs de Dalat Vers 1919 Personnage Minorité ethnique Moï – Montagnard